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Fiche pratiqueFiche n°27 min de lecture

Les théories implicites de l'intelligence

Pourquoi certains élèves apprécient-ils les défis et s'épanouissent-ils face aux échecs, alors que d'autres, tout aussi compétents, les craignent et s'effondrent lorsqu'ils se heurtent à des obstacles ?

Deux visions de l'intelligence

Selon Dweck (2006), il existe deux types de perception de l'intelligence : la vision dite fixiste et la vision dite incrémentale.

Vision fixiste

Les personnes qui ont une vision fixiste croient que leurs capacités et leur intelligence sont des traits innés et immuables. Elles évitent souvent les défis, craignant que leurs faiblesses ne soient exposées.

Vision incrémentale

Celles qui ont une vision incrémentale sont convaincues que leurs compétences peuvent se développer par l'effort et la persévérance. Elles voient les défis comme des occasions d'apprendre et ne craignent pas les échecs, qu'elles perçoivent comme des étapes vers la réussite.

Ce que montre la recherche

Étude 1Dweck et collaborateurs (1975)

La façon d'interpréter ses échecs change tout

Dweck et ses collaborateurs ont montré que la manière dont les enfants interprètent leurs échecs joue un rôle crucial dans leur réaction. Ceux qui attribuent leurs échecs à un manque de capacités montrent souvent des signes de résignation apprise (Seligman, 1972), un phénomène où l'individu, convaincu de son incapacité à réussir, cesse de faire des efforts : c'est la vision fixiste. En revanche, ceux qui voient leurs échecs comme le résultat d'un manque d'effort ou de stratégie persévèrent davantage et améliorent leurs performances : c'est la vision incrémentale.

Étude 2Paunesku et al. (2015)

Ces visions ne sont pas figées

L'une des grandes avancées de Dweck a été de montrer que ces visions peuvent être modifiées par des interventions ciblées. Elle a par exemple démontré que changer la manière dont les enfants sont félicités a un impact significatif : féliciter les efforts plutôt que les capacités conduit à une perception incrémentale de l'intelligence. Cette approche valorise le travail, les stratégies et la persévérance, et encourage les enfants à voir les défis comme des occasions d'apprendre plutôt que comme des menaces pour leur estime de soi.

Concrètement, que faire ?

Voici cinq recommandations issues des recherches de Dweck, à destination des élèves inscrits dans une vision fixiste de l'intelligence.

01

Soignez la façon de qualifier réussites et échecs

Les félicitations doivent porter sur les efforts et les moyens d'apprentissage mis en œuvre, plutôt que sur les résultats ou les talents innés. De même, les critiques gagnent à être constructives et centrées sur ce que l'élève peut améliorer, notamment sa méthode.

Plutôt que

« Tu es vraiment intelligent(e). »

Préférez

« Tu as travaillé très dur sur ce projet, bravo ! »

« Peut-être pourrais-tu essayer une autre méthode pour résoudre ce problème. »

02

Sensibilisez à la neuroplasticité, dans les grandes lignes

Expliquez aux élèves que le cerveau se réorganise en permanence et reste capable de progresser en s'exerçant. Leur faire comprendre que leurs capacités ne sont pas figées, mais peuvent croître avec l'effort, est un levier clé pour développer une vision incrémentale.

03

Créez un environnement d'apprentissage sécurisant

Encouragez les élèves à prendre des risques et à considérer les erreurs comme des occasions d'apprendre. Un environnement où les échecs ne sont pas stigmatisés, mais analysés et utilisés pour progresser, est essentiel.

04

Encouragez la réflexion sur les stratégies d'apprentissage

Aidez les élèves à réfléchir aux stratégies qu'ils emploient et à en essayer de nouvelles face aux difficultés. Cela renforce leur sentiment de contrôle sur leur apprentissage et les pousse à voir les défis comme surmontables.

05

Montrez le bon exemple

Enseignants et parents gagnent à adopter eux-mêmes un état d'esprit de croissance. Leurs réactions face aux défis et aux échecs, ainsi que leur façon de parler de leurs propres efforts, servent de modèle aux enfants.

Le contexte compte autant que l'élève

Les processus motivationnels sont en grande partie internes à la personne, mais le contexte joue un rôle déterminant. Dans une étude menée sur un large échantillon d'élèves américains entrant au lycée, Yeager et ses collègues ont enseigné à des élèves l'idée que leur intelligence n'est pas figée et qu'ils peuvent développer leurs capacités, avec des exercices d'application concrète. Les effets sur les résultats en mathématiques se sont révélés significatifs pour les élèves dont l'enseignant partageait lui-même un état d'esprit de croissance, mais pas pour ceux dont l'enseignant avait plutôt un état d'esprit fixiste. Et ce, alors même que les élèves des deux groupes montraient le même enthousiasme pour le concept.

Synthèse d'après Bong, M., Reeve, J. & Kim, S.-I., Motivation Science, et les travaux de Yeager et al. (2019, 2020, 2022).

Ce qu'il faut retenir

Appliquer ces recommandations une seule fois ne suffira pas à changer le regard d'un apprenant sur l'apprentissage. Mais les recherches de Dweck montrent qu'en les appliquant durablement, il est possible de favoriser une vision incrémentale de l'intelligence, et d'ouvrir la voie à une meilleure motivation, une résilience accrue et une réussite scolaire durable.

Bibliographie

  • Dweck, C. S. (1975). The role of expectations and attributions in the alleviation of learned helplessness. Journal of Personality and Social Psychology, 31(4), 674-685.
  • Dweck, C. S. (2006). Mindset: The new psychology of success. New York, NY: Random House.
  • Paunesku, D., Walton, G. M., Romero, C., Smith, E. N., Yeager, D. S., & Dweck, C. S. (2015). Mind-set interventions are a scalable treatment for academic underachievement. Psychological Science, 26, 784-793.
  • Seligman, M. E. (1972). Learned helplessness. Annual Review of Medicine, 23(1), 407-412.
  • Bong, M., Reeve, J., & Kim, S.-I. (Eds.). Motivation Science. Oxford University Press.
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